Un questionnement sur l’importance des flux migratoires et de ses conséquences sur les populations au Liban

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Un questionnement sur l’importance des flux migratoires et de ses conséquences sur les populations au Liban

 

“Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes.”
Cette citation qui nous vient de Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), à la fois membre du Clergé, évêque de Meaux, écrivain et orateur français, illustre une réalité bien trop commune, mais souvent délaissée.

Dans le sens où lorsque la question des déplacés est abordée dans les médias mainstream, on y retrouve souvent les mêmes problématiques, on recherche une expression de sentiments de souffrance pour toucher le lecteur ou le spectateur, ou à contrario, d’espoir. On constate, au mieux on montre le travail d’associations, mais le cycle médiatique force par exemple à n’aborder qu’une ou deux crises dans un journal télévisé, sinon on pense que cela serait trop pesant. Mais les causes d’exodes sont légions mais ainsi que les explications.

Le fait est que le sujet est vaste, et je vais tenter d’en énumérer quelques-unes, tout en intégrant le fait que certains mouvements d’exodes cumulent plusieurs causes, et bien souvent l’une en entraînant une autre. Tout d’abord, nous avons les migrations dues aux conflits, aux menaces de bombardements ainsi qu’aux persécutions. Les déplacés se trouvant au Liban sont par exemple Palestiniens et Irakiens, ou alors Syriens. Ces derniers ont vu leurs pays subir la guerre, et cette cause nuit à la plupart des facteurs d’évolutions positifs, tel que la croissance, la baisse du chômage et la sécurité bien entendu. Tout expliquer par elle serait réducteur, la guerre a en effet d’autres causes, mais un conflit ne laisse, en dehors d’innovations technologiques, qui n’ont pas vu le jour pendant ces conflits, que des destructions matérielles et morales.

Il existe également des réfugiés économiques, parmi lesquels des populations du Népal, des Philippines, du Sri Lanka et d’Éthiopie. D’après un rapport mondial sur les réfugiés fourni par l’ONG Human Rights Watch, ils seraient 250 000 au Liban et nombreux sont ceux qui voudraient bannir le système de parrainage qui entrainerait des abus et des conditions de travails difficiles.

Revenons à quelques choses de plus facile à conceptualiser. Environ 2 millions de déplacés se trouvent au Liban, pour 6 millions de locaux. Imaginez-vous la situation en France : près 15 millions de réfugiés, l’équivalent de 25% de la population, mais en plus, submergeant toutes les infrastructures évidemment pas conçues pour gérer un tel flux de populations. Ajouter à cela le fait que le Liban ai été en conflit et est régulièrement touché par des tirs, et vous avez une situation bien compliquée lorsque vous êtes un jeune, que vous voulez allez à l’école et jouer avec d’autres enfants. Entourés d’armes et de récits de guerre, ces derniers peuvent intégrer des associations qui apportent des solutions scolaires et culturelles dont nous palerons dans un prochain article. L’éducation permet de sortir de la spirale de vengeance que la guerre induit.

« Cela signifie que plus des trois quarts des déplacés syriens au Liban vivent maintenant avec moins de 4 dollars par jour ».

Simplement, 250 000 Syriens, soit la moitié des jeunes entre 3 et 18 ans ne sont pas scolarisé. La scolarité censée être gratuite, mais comme nous l’avons vu dans un article traitant du confessionnalisme et de l’éducation, la majorité se fait dans le privé et les places dans les établissements publiques nécessairement limitées. Les moyens pour venir en aide aux réfugiés, dès lors qu’ils sont environ 2 millions dans la totalité du pays, deviennent eux aussi limités.

Une autre étude est sortie le 9 janvier 2018, provenant l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et du Programme alimentaire mondial (PAM) et montre des chiffres terribles et en augmentation de 5% cette année. Près de 58% des ménages de réfugiés syriens vivent dans une pauvreté extrême se situant à moins de 2,87 dollars par jour et par personne. Imaginez-vous la vie dans un camp, et on peut en dire ce qu’on veut, un camp reste un lieu d’insécurité, d’insalubrité, exposé aux caprices du temps, la chaleur estivale ou le froid hivernal. D’après un porte-parole du HCR, William Spindler aurait déclaré lors d’une conférence à Genève : « Cela signifie que plus des trois quarts des déplacés syriens au Liban vivent maintenant avec moins de 4 dollars par jour ». Près de 9 sur 10 s’endettent pour survivre. Seulement 9% des ménages ont une sécurité alimentaire.

Ce tableau alarmant nécessite la somme de 2,7 milliards de dollars pour être amélioré, et seul 36% du montant total a été recueilli à ce jour. Je n’ai pas parlé ici des déplacés climatiques, mais qui au final, en sont peut-être tous. Sécheresse ou montée des eaux, nous sommes tous concernés. Nous aussi aurons à gérer ces problèmes, et à venir en aide à ces populations. Pour les aider, il faut déjà le savoir et nombreuses sont les crises dont on n’entend pas parler, ou seulement lorsque la situation est catastrophique. Alors informez-vous.

Anis Mokhfi

 

Quelques sources :

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=40756#.Wl8hSa7iapp
http://www.centreavec.be/site/les-causes-des-migrations-pistes-d%E2%80%99analyses-et-d%E2%80%99action
http://aldoha.fr/385-2/
http://aldoha.fr/leducation-au-liban-du-recul-de-lecole-publique-a-lexclusion-des-minorites-pauvres-et-des-deplaces/
https://www.hrw.org/fr/world-report/2017/country-chapters/298319
https://www.hrw.org/fr/world-report/2017/country-chapters/298530
Histoire du Liban contemporain 1943-1990 par Denise Ammoun

Photo : Une réfugiée syrienne et son fils devant leur abri à Ghazieh, Saïda, Liban. © HCR / Sebastian Rich

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