À la découverte de Gibran Khalil Gibran :

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Shakespeare, nous dit-on, est le poète le plus vendu de tous les temps. La deuxième est Laozi. Le troisième est Khalil Gibran, qui doit sa place sur cette liste à un livre, « The Prophet », une collection de vingt-six poèmes en prose, prononcés comme sermons par un homme de fiction dans un temps et un endroit lointains.

Depuis sa publication, en 1923, « The Prophet » a été vendu à plus de neuf millions d’exemplaires dans sa seule édition américaine. Rien qu’en France, pas moins de cinq traductions sont disponibles, et des dizaines de millions d’exemplaires ont été vendus à travers le monde.

Poète et peintre libanais d’expression arabe et anglaise, Gibran Khalil Gibran, est né le 6 janvier 1883 à Bcharré au nord du Liban et mort le 10 avril 1931 à New York. A cette époque, le Liban faisait partie de la Syrie, qui à son tour faisait partie de l’Empire ottoman.

Ayant étudié l’art à Paris et vécu à la fois à Beyrouth et à New York, c’était un poète et un individu véritablement mondial. Sa voix distinctive a été inspirée par la vie à la fois dans un Bcharri ottoman avant l’indépendance et dans un New York cosmopolite de la fin du XIXe siècle. Son travail montre une complexité similaire que lui seul pouvait encadrer si simplement.

Pourquoi cet engouement pour son recueil ? Certainement parce que, avec cette œuvre clé, pleine de magie dans le verbe, Gibran nous a donné le livre de morale indispensable à notre temps. Hormis ce chef-d’œuvre qu’il mit trente ans à parachever, il à écrit d’autres livres importants, dont « A Tear and a Smile » (Damʿah wa Ibtisāmah) en 1914, ou encore « The Madman » en 1918.

Son talent était multiple : peintre reconnu aux États-Unis, sa patrie d’exil, il fut aussi un grand éditorialiste de la presse arabe du Moyen-Orient. Voyageur impénitent, il rencontra tous les grands écrivains et artistes de son temps et fut le témoin lucide d’un univers en mutation.

Inspiré par William Blake et souvent comparé à l’écrivain et à l’artiste proto-romantique, il a cependant manqué de popularité dans les mouvements modernistes du 20ème siècle. Puisque le modernisme était le «nouveau» rejetant le romantisme, Gibran était une figure artistique largement obscure dans un cercle étroit d’innovateurs modernistes à la tête du canon occidental.

Dans un contexte arabe, cependant, Gibran est souvent cité comme la raison de la renaissance littéraire arabe et était considéré comme un rebelle ou un pionnier. Il a lutté contre l’oppression de l’église et de la domination ottomane et, dans l’esprit transcendentaliste, a prêché l’égalité et la modération. Le monde arabe a protesté contre son travail à cause de sa provocation, d’où son exil aux Etats-Unis.

Il a rendu universel son fort sentiment de nationalisme arabe, ce qui lui a permis d’être largement lu et aimé. Il était également préoccupé par des thèmes spirituels, presque mystiques – constituant un soulagement à lire au milieu de la société trépidante d’aujourd’hui – tout en étant au même moment l’un des rares écrivains du Liban à atteindre un tel niveau de renommée. Ses œuvres sont toujours perpétuées comme le visage de la littérature et de la philosophie libanaise.

Aujourd’hui, Gibran reste vivant pour beaucoup, sa voix fraîche parlant encore à des millions de personnes. Dans sa ville natale de Bcharri, le musée de Gibran est dédié à sa vie et à son travail; la plupart de ses manuscrits et objets ont été récupérés à New York, faisant du musée le lieu idéal pour ressentir la présence de l’écrivain.

Il meurt le 10 Avril dans un hôpital de New York âgé de 48 ans. Son corps va reposer dans sa terre natale qu’il n’avait pas revue depuis plus de trente ans, et précisément dans le couvent de Mar Sarkis à sa demande, car il représentait pour lui, un lieu de spiritualité.

 

Atika Najar

 

Photographie : Prise par Fred Holland Day. Photo de Gibran en 1897, Royal Photographic Society / National Media Museum / Science & Society Picture Library.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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