Un graffiti sur les toits de Tripoli

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Un graffiti sur les toits de Tripoli : le nouveau souffle du pacifisme libanais

 

« Salam ». C’est le mot qu’on peut désormais lire en vue aérienne de la ville de Tripoli. Une impressionnante fresque composée de quarte-vingt-cinq toits d’immeubles recouverts de peinture verte formant le mot « salam », « paix », a été réalisé par les frères Omar et Mohammed Kabbani, membres du duo Ashekman. L’édification de cette oeuvre témoigne de la paix retrouvée entre les quartiers de Jabal Mohsen et de Bab el-Tabbaneh.

Ainsi, le choix d’un tel emplacement par les deux artistes ne doit rien au hasard. À l’aube du conflit syrien, en 2011, renaissent les cendres d’anciennes rivalités entre les deux quartiers. Bab el-Tabbaneh, à majorité sunnite supporte la rébellion syrienne tandis que Jabal Mohsen, à majorité alaouite supporte les forces loyalistes. Pendant quelques années, les deux quartiers sont perçus comme des miniatures de la guerre en Syrie.

Maintenant que les armes ont été déposées, les initiatives pacifistes visant à promouvoir l’idée d’un avenir commun à ces deux quartiers tripolitains se multiplient. Il semble que ces quartiers, longtemps ennemis, partagent finalement de nombreux points communs, à commencer par un pourcentage de leur population vivant dans la pauvreté plus élevé que dans le reste de la ville et que dans le reste du pays. Selon une étude de la Comission économique et sociale pour l’Asie Occidentale des Nations Unies datée de 2015, ce taux atteint 87% à Bab el-Tabbaneh et 69% à Jabal Mohsen. Dans leur ensemble, les représentations artistiques et les événements organisés à l’initiatives des ONG permettent de réaliser que les actions culturelles appelant les deux quartiers à la fraternité sont une alternative à une rivalité qui paraît désormais archaïque et obsolète.

D’autres initiatives artistiques voient le jour au Nord-Liban. À titre d’exemple, l’ONG March Lebanon, promeut également, à Tripoli, l’expression du pacifisme par l’art. Elle organise notamment des concerts de rap qui rassemblent des jeunes de Bab el-Tabbaneh et de Jabal Mohsen. Les jeunes du Liban s’approprient de plus en plus le paysage urbain. Il semble alors logique que les initiatives de réconciliation utilisent cette modalité artistique afin d’obtenir plus d’écho et de mobiliser autant que possible les jeunes générations.

Plus orienté vers le pratique, le deuxième versant de cette oeuvre concerne les vertus de la peinture utilisée en matière d’étanchéité. Cette peinture protège les toits concernés de l’infiltration éventuelle d’eaux de pluie et renvoie les rayons de soleil. De plus, la peinture des toits a impliqué un nettoyage préalable de ceux-ci. On comprend alors que la majorité des habitants ait accepté le projet. Ainsi, certains d’entre-eux ont même participé à la peinture des édifices.

Ces rassemblements font la publicité d’une identité commune aux jeunes tripolitains. Cette communauté ne peut exister que grâce à la paix retrouvée. Alors, ce cadre pacifique apparaît aujourd’hui comme propice au développement de nouvelles activités culturelles et de nouvelles structures pour l’éducation. Al Doha entend profiter de cet appel d’air afin de participer à ce grand projet.

Raphaël Blin

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